vendredi, 24 août 2007

Une blessure d'amour propre (suite)

Lorsque mon amour propre se trouve blessé, la réaction normale correspond à celle de mon pasteur :

 1 - au début, j'ai tendance à m'autoflageller ; je commence à me complaire dans une mauvaise image de moi-même. C'est un réflexe défensif passif. Si je persiste dans cette voie, je tombe en dépression, plus ou moins grave selon l'intensité de la blessure d'amour propre.

 

2 - Si la blessure d'amour propre s'aggrave, je peux commencer à réagir, à me justifier, voire à riposter. C'est un réflexe défensif actif. Si je persiste dans cette voie, je peux devenir violent, plus ou moins selon l'intensité de la blessure d'amour propre. 

 

En réalité, jusque là, je suis normal, humain donc sauvagement naturel. Je suis dans l'attitude réflexe de ma conscience qui, soit s'accuse, soit se justifie. Ces attitudes contraires en apparence ne sont que des réponses réflexes et empiriques à une situation de mise en inconfort sécuritaire : je me sens aggressé, en danger; je riposte en aggravant le mal autour de moi et en moi, et sans trouver le moyen de sortir de cet enfermement.

 

 Pourtant, il existe théoriquement un moyen pour parvenir à vivre ces situations inévitables, et en sortir vainqueur.

C'est de cela que j'essaierai de parler prochainement. Après avoir théoriser, j'essaierai de passer à la pratique, on va bien rigoler...

samedi, 18 août 2007

Missionnaire, es-tu prêt ?

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Un de ces couples américains est arrivé un jour dans l’église. Manifestement, un accord, un « deal » avait été passé entre ce couple missionnaire et le pasteur, sans que l’Eglise en soit clairement informée, ni même le conseil. De temps en temps on les voyait venir à la tribune pour chanter, faire une petite animation et peu à peu ils prenaient de l’assurance. J’ai pensé à partir d’un certain temps que ce couple avait besoin de reconnaissance. C’est un sentiment normal, humain, surtout quand vous « travaillez » à plein temps pour le Seigneur, c'est-à-dire un ou deux dimanches par mois de dix heures à midi. Je m’imaginais le reste du temps ce couple passer des journées entières à genou et prier pour le salut des âmes. Que pouvaient-ils faire d’autres ?

 

Il était d’usage dans cette église de faire des appels lors des prédications. Les personnes présentes manifestaient à cette occasion leurs besoins spirituels en s’avançant, puis on leur imposait les mains en priant.

 

Notre couple missionnaire était donc dans le questionnement, le besoin de reconnaissance. La justification de leur ministère commençait à pâtir à leurs propres yeux d’une absence de résultat. (J’aurai peut-être un jour l’occasion d’écrire sur ce besoin de résultats qui fait partie des rudiments du monde dont un missionnaire ou un pasteur peut rapidement tomber esclave). Il était temps de se prouver à soi-même d’abord puis à l’Eglise toute entière que le Seigneur confirme par ses actions d’éclat, le ministère ainsi confié.

 

Notre couple américain était donc à la tribune pour un chant, puis la dame prend le micro. On la sent hésitante, mais on sent qu’elle va faire quelque chose. Un petit silence s’installe puis elle commence à parler : « Le Seigneur est venu pour nous délivrer, beaucoup de personnes souffrent d’une enfance blessée, certains ont souffert et ne sont pas encore guéris du mal que leur père ou leur mère leur a fait. Oh Seigneur ! Je te prie pour toutes ces personnes, Seigneur ! Délivre-les ». Toute l’assemblée est en prière, l’émotion gagne peu à peu, nul doute, le Saint-Esprit agit. La dame reprend, un regard d’angoisse dans les yeux (j’observais le « manège » et croyez-moi, je n’en ai pas cru mes yeux que je n’avais pas baissés pour regarder mes chaussures) : « Si quelqu’un souffre et veut être délivré, qu’il s’avance ou qu’il lève la main et je prierai pour eux ! ».

 

La phrase était lâchée. On sentait que la femme désirait ardemment que beaucoup manifestent leur besoin de délivrance, car pour une première, ça ne pouvait pas être un flop. J’observais toujours. « Oh, Seigneur, délivre les âmes de leurs chaînes, viens guérir les cœurs malades. N’ayez pas peur, approchez pour recevoir la bénédiction ». Une main se lève, puis rapidement, plusieurs personnes quittent leur rang pour s’avancer sur le devant vers la dame. Instantanément, je vois notre missionnaire chargée du fardeau des âmes pousser malgré elle un soupir de soulagement et regarder son mari comme pour dire : « ça marche ! ». Bien sûr, nous avons assisté à une jolie séance de prières. Des personnes pleuraient, sanglotaient ; on avait réveillé en elles de vraies blessures. Mais de délivrance, de guérison, nenni…car chaque semaine pendant plusieurs années, j’ai vu quasiment sans cesse les mêmes personnes s’avancer pour crier leur souffrance et recevoir la foudre délivrante du ciel par l’imposition des mains.

 

Comme le Seigneur avait joliment confirmé le ministère de ce couple sympathique ! Mais savez-vous ? Mettez cent personnes dans une salle, dans un contexte religieux, c'est-à-dire en situation d’ouverture du cœur, propice au réveil de toutes les émotions profondes. Chantez, priez, faites vibrer les âmes et lancez un appel comme celui que j’ai décrit, et invariablement vous verrez des personnes s’avancer. Oui, ça marche ! Parce que les souffrances existent et qu’elles sont tellement graves que la responsabilité de chacun dans l’Eglise c’est d’y répondre clairement et non par des artifices destinés à satisfaire le besoin d’autorité « spirituelle » de quelques uns.

 

Les souffrances subies dans l’enfance provoquent invariablement des dysfonctionnements chez la personne concernée. Plus les faits subis sont graves et plus les personnes sont perturbées et affichent aux yeux de la société une vie déréglée. Ce que les religions ne manqueront pas de nommer « péché » : alcoolisme, adultère, colère, vices en tous genres, pauvreté, errance pour les plus touchés.

 

Alors, face à ces dérèglements visibles, les Eglises, qui se sentent le lourd fardeau de sauver les malheureux perdus, répondent de deux façons qui sont à l’opposé du message de l’évangile tel que je l’ai lu dans l’épître aux Romains.

 

Pour répondre à la lourde souffrance de la conscience blessée, vous rencontrez :

 

1 - d’une part les églises qui agissent comme celle de notre couple missionnaire américain. On ne culpabilise pas le souffrant, on lui promet la guérison, et en promettant, on espère soi-même que le Seigneur va agir de façon miraculeuse, évidente et que les problèmes vont être réglés de manière éclatante et indiscutable.

 

2 – d’autre part, les églises qui elles sont sérieuses, rationnelles, qui ne se laissent pas atteindre par les émotions trompeuses ; ces églises après vous avoir enseigné le salut par grâce, vous avoir baptisé, s’attellent à la lourde tâche de vous faire rentrer dans le rang. Obéissez au Seigneur et à ses commandements maintenant que vous êtes sauvés ! Ne bois pas, ne drague pas, ne fume pas, ne, ne… Ces églises n’ont d’autre solution que vous replacer sous la dure rigueur de la loi. Or, que dit Paul au Romains, la loi ne sert de rien. Ces églises cherchent à s’améliorer par les œuvres. La foi sous la loi !

 

Les églises parviennent par ces moyens à organiser un semblant d’ordre. Certaines situations en apparence peuvent se rétablir. Mais vous voyez des gens, tristes, souffrants et n’osant l’avouer, attelés à paraître bon chrétien et à sauver les apparences. Un jour quelqu’un pète un plomb et on s’étonne, un autre s’en va…

 

Ainsi, on peut imposer les mains, invoquer le ciel et promettre et vouloir la délivrance, ou on peut rationnaliser, parquer, culpabiliser et contraindre : PAS DE LIBERTE !

 

Les églises vivent des échecs retentissants, car après avoir réveillé une grande soif, une promesse de grâce et de délivrance, les personnes souffrantes le sont toujours après plusieurs mois, voire plusieurs années. Pourquoi ?

 

Le principal problème que rencontre la personne, qui que nous soyons, c’est l’autonomie de la marche devant Dieu.

Chacun cherche le Père, pouvoir être consolé et guérir de blessures, être aimé, rassurés, sauvés pour employer le langage religieux. C’est à se niveau que se situe la pratique de la foi. Ce sont des besoins profonds de sécurité, d’amour qui sont contenus au plus profond de nos âmes. Ils prouvent si nécessaire notre attachement à Dieu.

 

Or, alors que les Eglises devraient être un lieu d'encouragement de l’Adam et Eve à une rencontre, à une relation personnelle avec le Père céleste, notre Père, elles apportent des réponses tronquées. Elles répondent en s'attribuant une responsabilité à être intermédiaire entre l’Adam et Eve et Notre Père. Ce qui est la plaie de tous les systèmes religieux. Au lieu de conduire la personne à une relation intime avec Le Père par la foi, les religions vous conduisent vers un directeur de conscience, un pasteur qui saura prier pour vous, une église qui vous imposera les mains, un autre qui vous édictera les normes à respecter.

 

mardi, 07 août 2007

CENDRILLON ET LE MIROIR


 Si nous devions décrire le caractère de la personne idéale, nous dirions qu'il est bon, patient, joyeux, doux, fort. La liste peut être complétée.

 

Le caractère idéal est contenu en Celui dont le nom est inconnu. Qui es-tu ? Je suis celui qui suis. Pour simplifier, appelons-le : JE SUIS.

 

Il est écrit dans un vieux livre poussiéreux que l'Homme est créé selon le modèle de JE SUIS.

La plupart du temps, ce modèle est fortement déformé, le visage qui se mire dans le miroir est altéré de deux manières. Le visage est sale et le miroir est brisé.


Le miroir est brisé parce que la connaissance de JE SUIS s'est brouillée. Au fil du temps, ce miroir magnifique, rendant un reflet lumineux et lisse s'est déformé, comme dans une fête foraine, nous avons commencé à nous voir petits et bouffis, ou grand et maigre. Comment renouveler la beauté d'un visage qui ne peut plus se mirer ?


Pour connaître son visage, il faut donc un miroir.

 

 

Même la vilaine fée de Cendrillon s'observait dans un miroir.

 

 

Le regard permet de voir ce qui m’entoure. Si ma vue est troublée, je peux passer à côté d’une fleur magnifique sans en remarquer la beauté.

 

Les yeux de notre âme sont troublés. Nous voyons beaucoup de mal autour de nous et en nous. Face à ce lourd constat, notre réfexe naturel est de nous cacher. Le sentiment d'être  laid nous pousse au repli. Nous revenons sans cesse devant la glace et nous avons la confirmation de notre laideur, alors que nous voudrions être beau.

  

Il nous faut tout d'abord retrouver le miroir qui ne déforme pas. JE SUIS est ce miroir, le modèle idéal de beauté dans lequel je souhaite me mirer et être le reflet. Dès lors que je me vois en toute objectivité, sans déformation, je peux commencer à corriger ce qui altère mon visage : telle partie est un peu noircie par des mains boueuses, telle autre abîmée par une égratignure, une épilation imprécise. Des petites corrections et un joli sourire dans le miroir : et voilà un tout autre visage ! 

 

JE SUIS dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Genèse 1 : 26.

 

Notre véritable statut d’homme et de femme réside dans le fait que nous ressemblons à JE SUIS dans notre nature profonde. C’est ainsi qu’il nous a créé et c’est ainsi qu’il nous veut.

 

En y réfléchissant, quelles sont nos aspirations les plus profondes ? Vivre en paix avec ceux que nous aimons, être heureux, rire, chanter, avoir des temps de repos, etc.

 

Malheureusement, il existe un décalage entre ce que nous souhaitons et ce que nous vivons, entre l’image que nous devrions refléter (être image de JE SUIS et ce que nous reflétons à cause du mal qui nous habite). C'est ce décalage qui provoque la tristesse, la dépression, le dégoût de soi.

 

D’où toutes sortes de frustrations … et le sentiment de vide et d’insatisfaction qui nous atteint parfois.

 

Pourquoi portons-nous ce sentiment d’insatisfaction et d’inachevé ? Parce que, créés à l’image de JE SUIS, nous avons conscience du vide qui nous sépare de Lui. Si nous n’étions pas créés pour vivre selon JE SUIS, nous n’aurions même pas le sentiment d’échec ou d’imperfection.

 

C’est en réalité à la fois le drame humain et la richesse extraordinaire que nous portons en nous, pourvu que nous puissions sortir de cet état d’insatisfaction.

 

En fait, quel regarde JE SUIS porte t-il sur nous ? Voici ce qu’il dit à son peuple : « Tu as du prix à mes yeux…et je t’aime…Ne crains rien car je suis avec toi. » Esaïe 43 : 4 et 5.

 

Méditons ces paroles du roi David :  «C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse ! »

 

Retrouvons ce miroir magnifique dans lequel nous pourrons admirer notre tout autant magnifique visage. La vilaine fée deviendra Cendrillon.

 

 

 

vendredi, 03 août 2007

Aux captifs la liberté

J’ai acheté aux éditions Labor et Fides  un livre intitulé « Aux captifs la liberté » de Karl Barth.  Il s’agit d’une série de prédications que l’auteur a données à la prison de Bâle de 1954 à 1959.

 

Il s’adresse donc dans ce livre à des personnes condamnées par la société, privées de liberté.

 

Voici un extrait de ce livre, mais pour lire cette suite, imaginez que vous êtes en prison pour fraude, ou pour meurtre, ou pour viol, ou pour trafic de drogue, proxénétisme, vol, racisme.

 

Ou bien imaginez que, sans avoir commis des actes punis de prison par la société, vous ayez une mauvaise image de vous-même, que vous soyez souffrant, déprimé, déçu, prisonnier de mauvaises pensées, de comportements qui vous collent à la peau, bref, que vous ne soyez pas le parfait pasteur évangélique modélisé, alors lisez ceci :

 En vert, mes commentaires, je ne peux pas m'en empêcher.

«…Qu’a donc opéré Dieu dans la souffrance et la mort de cet homme (Jésus) ? L’apôtre Paul l’a exprimé dans cette simple petite phrase : « Dieu était en Christ réconciliant le monde avec lui-même. » Je veux essayer de vous l’expliquer brièvement.

 

Il est arrivé ceci : dans la personne de cet homme, Dieu (c'est-à-dire une personne habitée du caractère de Dieu : quelqu’un qui n’est pas égoïste, qui n’a pas de mauvaises pensées, qui ne juge pas, qui est confronté aux agressions extérieures mais qui résiste au mal, qui pardonne, qui est généreux, qui parle aux femmes dans le plus grand respect, etc. Vous pouvez compléter la liste. Il incarne en tant que personne, tout ce qui est bon, agréable et parfait, tout ce que nous voudrions voir chez autrui et que nous ne voyons pas, et comme nous ne le voyons pas, nous jugeons, critiquons, nous nous répandons en mots méchants pour qualifier untel ou unetelle, oubliant que nous aussi nous ne correspondons pas au modèle parfait auquel nous nous référons. C’est bien ce que dit Paul aux Romains : Ils montrent (nous montrons quand nous médisons sur autrui, à juste titre souvent) que l’œuvre de la loi est écrite dans leur (notre) cœur. Romains 2 : 15.) Dieu a pénétré au cœur de ce monde créé par lui et ainsi par lui, malgré tout, il est devenu temporel, un homme comme nous tous, afin de mettre fin à l’hostilité du monde contre lui, (l’hostilité du monde contre Dieu, au-delà du fait de croire ou de ne pas croire, ce qui provoque des polémiques et discussions sans fin, cette hostilité se manifeste par le mal dont les conséquences sont devant nous, nous faisant souffrir, il suffit d’ouvrir les yeux.) et au conflit par lequel le monde se déchire, et afin de substituer son ordre au grand désordre du monde. (Que le pasteur évangélique ne se réjouisse pas, Jésus n’est pas venu pour instaurer une religion qui va rétablir l’ordre…petite précision utile, il faut rester vigilant.) Il est arrivé qu’en la personne de cet homme, Dieu a fait ce que nous demandons dans le « Notre Père » : il a sanctifié son nom, a fait venir son règne et accomplir sa volonté sur la terre comme au ciel. (La volonté de Dieu sur terre est accomplie. Il faut bien réfléchir sur ce point. Bien sûr, si nous regardons au visible, le mal, la misère, la mort, la souffrance, semblent régner. Cependant, la volonté de Dieu sur terre a été accomplie. C’est pour cela que Jésus est appelé le nouvel Adam. Le fondement solide, la base sur laquelle chacun peut se reconstruire est posée. Aux captifs la liberté, il n’y a aucune condamnation pour ceux qui sont en JC, tu peux te mettre en marche, la victoire est certaine puisqu’elle est déjà remportée). En la personne de cet homme, son honneur a été glorifié et – c’est là le merveilleux – il l’a fait pour notre salut. Les mille plaies par lesquelles le monde saigne, il ne les a pas seulement pansées, mais guéries. En la personne de cet Unique, son cher Fils, il nous a secourus, non en partie et provisoirement, mais radicalement et définitivement, il nous a arrachés à la perdition, nous a serrés sur son cœur comme ses enfants, afin que nous vivions réellement et éternellement. (Pourquoi direz-vous alors, le mal subsiste t-il sur terre, pourquoi la souffrance ? Parce que Dieu nous considère co-auteur de notre destin, il pose le fondement, nous construisons dessus. Le fondement, théologique, philosophique, spirituel, idéologique, psychologique, est contenu dans l’œuvre de Jésus. Y réfléchir et commencer à penser, agir, « relationner », sur ce fondement, c’est mettre en œuvre LE moyen qui nous est donné, à savoir la foi qui se met en marche. Nous ne pouvons pas échapper à cette question fondamentale de la source dans laquelle nous plongeons nos racines. C’est pourquoi Jésus a dit : je place devant toi la vie et la mort ; Choisis la vie ! CHOISIS, quelle bonne nouvelle extraordinaire. Notre destin n’est pas tout tracé par des constellations d’étoiles,  la fatalité n’est pas notre lot, je suis quelqu’un de responsable, j’ai donc capacité à choisir, à agir sur le quotidien, à sortir si nécessaire de mes prisons intérieures.)

 

Là-bas, en la personne de cet homme, Dieu a enlevé, aboli, balayé toute notre folie humaine, notre outrecuidance, notre peur, notre avidité, notre fausseté, tout ce par quoi nous l’offensions et par quoi nous nous rendions mutuellement la vie difficile et impossible. (C’est pourquoi il est écrit qu’il a effacé l’acte qui nous condamne Colossiens 2 : 14 – Pas mal pour des prisonniers.) Il a biffé d’un trait, jusqu’à la racine, tout ce qui rend atroce, triste, morne notre vie à tous, celle des bien portants et des malades, des heureux et des malheureux, des grands et des petits, des riches et des pauvres, des hommes en liberté et des prisonniers.

 

Quand on lit Karl Barth, on pourrait croire qu’il est Pasteur évangélique, mais soyez rassurés, il ne l’est pas.

mardi, 31 juillet 2007

L'enfance s'éloigne

A l’âge où la personnalité commence à s’affirmer, où l’enfance s’éloigne, les questions concernant le sens de la vie se posent. On commence à ressentir des sentiments inconnus jusqu’alors : déprime, solitude, sensibilité, attirance pour le sexe opposé, découverte de leur homosexualité pour d’autres.

 

Lorsqu’on est enfant, les problèmes sont vécus différemment. On pleure, on crie, on fait un caprice, puis on oublie. On vit dans un monde qui ne cessera jamais. Avec l’adolescence, un lourd fardeau semble subitement peser sur des épaules encore fragiles. La question du sens des choses se pose, de même que notre conscience s’éveille.

 

Tu te trouves subitement confronté à un éventail de choix immense. Ton esprit est préoccupé. Le matin tu restes dans ton lit, le soir tu ne peux pas te coucher, tu ne te sens bien qu’avec les copains et copines de ton âge, parce que tu trouves la chaleur de l’amitié, les mêmes manières de vivre et de penser, les mêmes questions et préoccupations, la même soif de bonheur et d’authenticité dans les relations aussi.

 

C’est l’âge où le monde des adultes en qui tu te confiais si facilement étant enfant t’apparaît dans toute sa crudité. Tu commences à voir tes parents avec leurs défauts, les adultes qui t’entourent te déçoivent et tu n’as pas envie de devenir comme eux. Alors tu cherches, tu réfléchis, tu voudrais trouver une porte, une solution à cette foule de questions qui t’assaillent.

 

Cette entrée dans l’adolescence est formidable. Tout à coup la fleur cachée s’ouvre, une magnifique rose rouge, pleine de sève, se dresse au soleil.

 

Les blessures sont possibles malheureusement également. Pourquoi ?

 

Parce que rien de ce que nous faisons ou entreprenons n’est neutre. Chaque geste nous engage, chaque parole, chaque action porte en elle une conséquence. C’est la grande différence entre l’enfance et l’adolescence. Enfance rime avec innocence, adolescence avec conscience. Tu deviens responsable de tes actes, de tes paroles, de tes choix. C’est un grand choc auquel tu n’es pas préparé (e).

 

J’ai toujours été admiratif de la manière dont un enfant apprend à marcher. Il fait quelques pas, tombe, se relève et repart en marchant, puis il tombe à nouveau, se relève encore et repart et ainsi de suite. Jamais vous ne verrez un enfant renoncer à apprendre à marcher parce qu’il est tombé et s’est fait mal.

 

C’est une grande leçon de vie. A l’adolescence, tu commences à marcher dans le monde des adultes. Tu peux tomber, te faire mal, mais tu as en toi cette énergie extraordinaire pour te relever et poursuivre ton chemin.

mardi, 05 juin 2007

Nous avons la paix

Karl Barth écrit ceci :

"Si nous croyons en Jésus, nous croyons à la réalité et à l'universalité de la fidélité de Dieu. 

Si nous croyons en Jésus, la justice de Dieu et la justification qu'Il prononce nous sont démontrées, montrées comme l'impossible possibilité.

C'est en partant de ce postulat que nous nous voyons nous-mêmes, que nous nous approchons des hommes.

C'est en partant de ce postulat que nous avons l'audace de croire en nous-mêmes et aux hommes, avec autant de certitude que, sans ce postulat, nous ne le pouvons pas.

C'est en partant de ce postulat que nous avons le courage d'adresser à tous l'exigence de la foi,...de la foi même à ce postulat. C'est parce que Dieu est juste, et déclare juste, que nous avons la paix avec Dieu".

 

La question de la culpabilité est incontournable. Qui que nous soyons, nous sommes amenés à porter un regard de jugement sur nous-mêmes.

C'est une question typiquement "d'humanité".

Un échec "réveille" souvent en nous la culpabilité sommeillante.

A ce moment-là, des pensées morbides peuvent nous atteindre, entraîner à une profonde dépression.

C'est à ce moment-là également que nous cherchons le Père (ou la Mère), c'est à dire celui qui, dans la vallée de l'ombre de la mort, va être le guide qui me rassure.

C'est à ce moment-là encore que nous sommes le plus en danger de nous confier dans les systèmes qui se nourrissent des faiblesses en faisant les plus belles promesses.

C'est à ce moment-là que le Père et la Mère sont absents : nous sommes seuls. Tout ce que nous entendons est irrecevable.

Où sont les verts pâturages, où sont les eaux paisibles.

Je marche dans la vallée de l'ombre de la mort.

Quand je vais bien, je lis le psaume 23 et je suis triomphant.

Quand je vais mal, je ne le lis pas, c'est alors que la Parole se révèle, vivante, car de l'ombre je vais sortir, et pourtant je suis dans l'effroi. 

dimanche, 03 juin 2007

Dépression

La dépression est un mal assez courant. Je vous recommande le très bon (pour autant que je puisse en juger) livre d’Alain Ehrenberg « La fatigue d’être soi » aux éditions Odile Jacob. Voici ce qu’il écrit en introduction :

« La dépression amorce sa réussite au moment où le modèle disciplinaire de gestion des conduites, les règles d’autorité et de conformité aux interdits qui assignaient aux classes sociales comme aux deux sexes un destin ont cédé devant des normes qui incitent chacun à l’initiative individuelle en l’enjoignant à devenir lui-même. Conséquence de cette nouvelle normalité, la responsabilité entière de nos vies se loge non seulement en chacun de nous, mais également dans l’entre-nous collectif. Cet ouvrage montrera que la dépression en est l’envers exact. Cette manière d’être se présente comme une maladie de la responsabilité dans laquelle domine le sentiment d’insuffisance. Le déprimé n’est pas à la hauteur, il est fatigué d’avoir à devenir lui-même ».

 

Modèle disciplinaire – gestion des conduites – règles d’autorité – conformité aux interdits –

Classes sociales – deux sexes –

Destin – initiative individuelle –

Devenir soi-même – nouvelle normalité – responsabilité individuelle.

 

Alain Ehrenberg poursuit : «L’intime, aujourd’hui, joue des rapports instables entre culpabilité, responsabilité et pathologie mentale ».

Je vais m’adonner à un petit exercice sauvage de déformation du texte, j’espère que l’auteur ne m’en voudra pas :

Chacun court un risque de dépression, quand les organisations religieuses et leur modèle disciplinaire de gestion des conduites, leurs règles d’autorité et de conformité aux interdits qui assignaient un destin sécurisant et arbitraire aux fidèles paroissiens, et à chaque catégorie homme-femme, ont perdu leur influence face aux aspirations légitimes de libre marche individuelle devant Dieu pour devenir ce qu’elles sont : créées à l’image de Dieu. Conséquence de cette exigence, la responsabilité entière de nos vies se loge non seulement en chacun de nous, mais également dans l’entre-nous collectif. La dépression en est l’envers exact. Cette manière d’être se présente comme une maladie de la responsabilité dans laquelle domine le sentiment d’insuffisance. Le déprimé n’est pas à la hauteur, il est fatigué d’avoir à devenir lui-même ».

 

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Quelqu’un m’a dit un jour : « Nous sommes des animaux, nous pouvons donc nous comporter comme des animaux. Quand on a compris cela, ON N’A PLUS DE PROBLEME ! ».

Bien, cette personne a comme elle le dit un problème.
 

Le mieux donc serait de tuer ce qui fait la spécificité de mon humanité en devenant un animal. Ainsi, plus de responsabilité, plus de problème de conscience, plus de culpabilité, plus de dépression, plus de problème...J'ai pensé moi ausssi un jour qu'après tout, la culpabilité vient de la norme que m' impose la tradition, l'éducation, la religion etc. Il suffit en somme de se débarrasser de ces carcans. Mais en y réfléchissant, une loi de conscience "universelle" m'habite, et habite chacun de nous.

Avec la loi vient "fatalement" la transgression puis la culpabilité. C'est là la rencontre avec Dieu. Le Dieu de la bible est le seul à ma connaissance qui, dans ce contexte de souffrance morale, vient et prononce que "sans la loi est manifestée la justice de Dieu, ..., justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ,...ils sont gratuitement justifiés par sa grâce". Romains 3 : 21 et suivants.

L'homme est fatigué d'avoir à devenir lui-même, parce qu'habité par un sentiment d'insuffisance, d'indignité, de culpabilité, il fait tous les efforts possibles pour s'élever à un statut méritant. Cependant, ce besoin psychique d'être valorisé, d'être à la hauteur, n'est servi par aucune dynamique intime, si ce n'est le poids énorme dont on se charge en voulant assumer pour mériter. Or, Dieu, créateur de l'Homme, homme et femme, s'il laisse l'Homme sombrer et subir le poids de ce jugement écrasant, dont la mort est l'évidence la plus douloureuse, "prépare le moyen d'en sortir".

Cette dynamique nécessaire au re-commencement, il l'introduit par une déclaration d'une netteté absolue selon laquelle, tu n'as pas à t'épuiser à devenir toi-même, ta culpabilité est otée

 

Le message est simple certes, mais le postulat incontournable. En somme, en répondant de la sorte à la souffrance qui m'habite et dont je ne peux me défaire, Dieu prouve qu'il est Dieu. Le besoin de délivrance auquel j'aspire de toutes mes forces et qui me fait tant souffrir m'est offert.

 

Non, je n'ai pas besoin de retourner à l'état animal pour nier ma peine.
 

Oui, il y a UN AVANT, UN APRES.


Nous pouvons assumer notre libre marche devant Dieu parce qu’il nous a établi sur le socle inébranlable de l'effacement de la dette.

On reproche souvent à certaines approches de la foi chrétienne d’insister sur le salut individuel. Dans un monde fini, qui cherche et croit trouver son but en lui-même, effectivement, la norme, l’ordre imposé, paraissent logiques. Les églises, en tant que systèmes régulateurs des consciences peuvent même servir le dessein d'un monde en paix. Mais ces systèmes buttent inévitablement sur l’insatisfaction humaine et les outrances inacceptables que génère l'autoritarisme.

Alors s’il y a de l’insatisfaction et de l’inacceptable, où se trouve l’ailleurs ?

La dépression est certes le risque, la pathologie de l’homme libre. Qui, comme Jonas, n’est pas resté dans le ventre d’un poisson trois jours et trois nuits ? Mais l’aventure humaine de Jonas s’est poursuivie, il a vaincu son mal.

 

 Prière de Jonas

Jonas, dans le ventre du poisson, pria l'Éternel, son Dieu.
 
Il dit:
 
Dans ma détresse, j'ai invoqué l'Éternel, Et il m'a exaucé; Du sein du séjour des morts j'ai crié, Et tu as entendu ma voix.
 
Tu m'as jeté dans l'abîme, dans le coeur de la mer, Et les courants d'eau m'ont environné; Toutes tes vagues et tous tes flots ont passé sur moi.
 
Je disais: Je suis chassé loin de ton regard! Mais je verrai encore ton saint temple.
 
 
Les eaux m'ont couvert jusqu'à m'ôter la vie, L'abîme m'a enveloppé, Les roseaux ont entouré ma tête.
 
Je suis descendu jusqu'aux racines des montagnes, Les barres de la terre m'enfermaient pour toujours; Mais tu m'as fait remonter vivant de la fosse, Éternel, mon Dieu!
 
Quand mon âme était abattue au dedans de moi, Je me suis souvenu de l'Éternel, Et ma prière est parvenue jusqu'à toi, Dans ton saint temple.
 
Ceux qui s'attachent à de vaines idoles Éloignent d'eux la miséricorde.
 
Pour moi, je t'offrirai des sacrifices avec un cri d'actions de grâces, J'accomplirai les voeux que j'ai faits: Le salut vient de l'Éternel.